gite auvergne
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mercredi 27 septembre 2006

Un soir sur le Pavin

Quand tu parus soudain dans le soir incertain,

Le jour t'avais repris son reflet de lavande

Mais tu brillais d'argent dans l'ombre des sapins

Qui déversaient sur toi leur somptueuse offrande...


Comment douter encore en ouvrant tel écrin

De t'avoir découverte, ô perle des cratères ?

O merveille Pavin, dont l'azur tant serein

Cache le noir frisson des tréfonds du mystère.


Une sarcelle au loin jeta son cri d'effroi

Quand brusquement la nuit fondit sur ton enceinte,

Et dans mon corps monta cet indicible émoi

Des instants précurseurs de l'infaillible étreinte.


Une larme éternelle au creuset d'un volcan,

Eternellement froide au soleil de ce monde...

Et ces braises d'amour sur notre feu de camp :

Ce couple qui passait sur ton chemin de ronde...

Adrienne HENRY

vendredi 22 septembre 2006

Auvergne

Auvergne ! J'aime en toi le pays du mystère,

De ce brasier secret couvé par tes volcans,

De ces massives croix, de ces beaux sanctuaires

Qui portent ton passé modelé dans leurs flancs !


Mes lèvres ont goûté l'âpreté de tes neiges,

Sur ma peine est tombé le calme de tes bois

D'où jaillissait pourtant l'éblouissant arpège

De ton vent des sommets, ce gerfaut aux abois !


Puis quand tous les genêts s'allumaient sur tes pentes,

Délivrant tes seins purs des glaces de l'hiver,

J'ai vu naître l'azur en tes vasques dormantes

Et retomber la neige, en fleurs, sur tes prés verts.


Je rêve d'une foi dont tu as les messages,

Je rêve d'un espoir mûri dans tes saisons !

Je rêve d'un amour, comme un plateau sauvage

D'où l'on voir le Sancy déchirer l'horizon...


Adrienne HENRY

samedi 9 septembre 2006

Louis Aragon

Poeme à cracher dans les ruines
Tous deux crachons tous deux
Sur ce que nous avons aimé
Sur ce que nous avons aimé tous deux
Si tu veux car ceci tous deux
Est bien un air de valse et j'imagine
Ce qui passe entre nous de sombre et d'inégalable
Comme un dialogue de miroirs abandonnés
A la consigne quelque part Foligno peut-être
Ou l'Auvergne la Bourboule
Certains noms sont chargés d'un tonnerre lointain
Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
Où se promènent de petites automobiles de louage
Veux-tu car il faut que quelque chose encore
Quelque chose
Nous réunisse veux-tu crachons
Tous deux c'est une valse
Une espèce de sanglot commode
Crachons crachons de petites automobiles
Crachons c'est la consigne
Une valse de miroirs
Un dialogue nulle part
Ecoute ces pays immenses où le vent
Pleure sur ce que nous avons aimé
L'un d'eux est un cheval qui s'accoude à la terre
L'autre un mort agitant un linge l'autre
La trace de tes pas Je me souviens d'un village désert
A l'épaule d'une montagne brûlée
Je me souviens de ton épaule
Je me souviens de ton coude
Je me souviens de ton linge
Je me souviens de tes pas
Je me souviens d'une ville où il n'y a pas de cheval
Je me souviens de ton regard qui a brûlé
Mon coeur désert un mort Mazeppa qu'un cheval
Emporte devant moi comme ce jour dans la montagne
L'ivresse précipitait ma course à travers les chênes martyrs
Qui saignaient prophétiquement tandis
Que le jour faiblissait sur des camions bleus
Je me souviens de tant de choses
De tant de soirs
De tant de chambres
De tant de marches
De tant de colères
De tant de haltes dans des lieux nuls
Où s'éveillait pourtant l'esprit du mystère pareil
Au cri d'un enfant aveugle dans une gare-frontière
Je me souviens

Je parle donc au passé Que l'on rie
Si le coeur vous en dit du son de mes paroles
Aima Fut Vint Caressa
Attendit Epia les escaliers qui craquèrent
0 violences violences je suis un homme hanté
Attendit attendit puits profonds
J'ai cru mourir d'attendre
Le silence taillait des crayons dans la rue
Ce taxi qui toussait s'en va crever ailleurs
Attendit attendit les voix étouffées
Devant la porte le langage des portes
Hoquet des maisons attendit
Les objets familiers prenaient à tour de rôle
Attendit l'aspect fantômatique Attendit
Des forçats évadés Attendit
Attendit Nom de Dieu
D'un bagne de lueurs et soudain
Non Stupide Non
Idiot
La chaussure a foulé la laine du tapis
Je rentre à peine
Aima aima aima mais tu ne peux pas savoir combien
Aima c'est au passé
Aima aima aima aima aima
0 violences


Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent de l'amour comme d'une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L'amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire
Un air une ombre d'ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu'on sait au fond
Que tout brûle
Et qu'on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L'amour salauds l'amour pour vous
C'est d'arriver à coucher ensemble
D'arriver
Et après Ha ha tout l'amour est dans ce
Et après
Nous arrivons à parler de ce que c'est que de
Coucher ensemble pendant des années
Entendez-vous
Pendant des années
Pareilles à des voiles marines qui tombent
Sur le pont d'un navire chargé de pestiférés
Dans un film que j'ai vu récemment
Une à une
La rose blanche meurt comme la rose rouge
Qu'est-ce donc qui m'émeut à un pareil point
Dans ces derniers mots
Le mot dernier peut-être mot en qui
Tout est atroce atrocement irréparable
Et déchirant Mot panthère Mot électrique
Chaise
Le dernier mot d'amour imaginez-vous ça
Et le dernier baiser et la dernière
Nonchalance
Et le dernier sommeil Tiens c'est drôle
Je pensais simplement à la dernière nuit
Ah tout prend ce sens abominable
Je voulais dire les derniers instants
Les derniers adieux le dernier soupir
Le dernier regard
L'horreur l'horreur l'horreur
Pendant des années l'horreur
Crachons veux-tu bien
Sur ce que nous avons aimé ensemble
Crachons sur l'amour
Sur nos lits défaits
Sur notre silence et sur les mots balbutiés
Sur les étoiles fussent-elles
Tes yeux
Sur le soleil fût-il
Tes dents
Sur l'éternité fût-elle
Ta bouche
Et sur notre amour
Fût-il
TON amour
Crachons veux-tu bien ?

jeudi 7 septembre 2006

Jean d'Aven "La Bourboule miraculeuse"

"LES EAUX ET LES SOURCES"

Un jaillissement d'eaux vierges et juvéniles
De la faille de La Bourboule afflue ici.
Le miracle ondoyant et fidèle à la ville :
Perrière, Croizat et Fenestre et Choussy !


La force minérale et radioactive
De ce flux guérisseur aux bienfaits progressifs
Triomphe des langueurs aux lourdes perspectives,
Du pâle lymphatisme et de l'asthme poussif.

Le diabète gourmand et même l'insipide
Y raniment un sang besogneux et timide,
Et la femme stérile y retrouve frisson...

L'enfant, blême héritier des tares ancestrales,
Y reconquiert bientôt les couleurs aurorales
Qui, comme des drapeaux flottent sur ses chansons.

Extrait du livre de poèmes
"La Bourboule miraculeuse" de Jean d'Aven édité par La Maison du Poète Le Mont Dore en 1946.

Du même auteur :
"Les Filles de la France" Edition Les Livres Nouveaux en 1941
"Le Mont-Dore poétique et sauveur" Edition La Belle Cordière à Lyon

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