Jean-François Laurent
Par Administrateur, jeudi 4 mars 2010 à 18:08 :: Quelques Anecdotes :: #277 :: rss
Merci à J.F. LAURENT de nous faire revivre ces moments.
Le pont du renard 18. Toujours prêt !
Cette année-là où, pour les vacances, nous retournions à La Bourboule, c'est sous le signe du scoutisme qu'elles allaient se dérouler. Nous étions en 1947 et le jamboree venait de se tenir à Moisson, dans la banlieue parisienne. Il avait réuni quelques milliers de scouts, filles et garçons, issus de toutes origines et de tous pays. Avant de regagner leur nation, certaines délégations choisirent de venir se détresser un peu à La Bourboule. Il y avait là des Français, des Écossais, des Anglais, des Autrichiens, des Japonais et surtout des Indous, dont le succès de leur tenue fut considérable, loin devant les kilts d'écosse.
C'est la source Clémence, vaste espace planté de pins à la sortie de la ville, vers le mont Dore, qui explosera d'ailleurs avec son bâtiment sous la pression de l'eau, entraînant sa fermeture pour toujours au public, qui accueillit leurs tentes avec toute la logistique que leurs occupants nécessitaient. Récitals de chants, veillées, tout cela était public et il y vint nombreux. J'eus l'honneur d'y représenter la 8e Reims et en tant que Bourboulien, j'occupais une situation un peu privilégiée aux côtés, notamment, de Paul Constantin et Daniel Ségara, futurs et maintenant anciens maires, le premier étant d'ailleurs décédé ; de Jean Gougnol, aussi, et d'autres dont le souvenir de leurs noms ne me revient pas. Notre rôle était surtout l'intendance, la surveillance des entrées et des sorties afin d'écarter les importuns, comme il y en a toujours. Ce fut un moment haut en couleur, pour tout dire magnifique. Qui, par certains côtés, ressemblait à ce que nous avions connu à peu près au même endroit avec le séjour d'une importante section des Chantiers de jeunesse, lesquels aussi avaient impressionné par leur tenue et leur savoir-faire en matière de travail du bois et de matelotage, par exemple. Mais c'était dans un autre esprit…
Une virée dans le grenier de la villa « Anne-Marie » m'avait fait redécouvrir le traîneau que papa nous avait fabriqué, solide caisse, patins en métal, avec lequel nous partions du haut de la route des Planches, autrement pentue que maintenant, et après une autre poussette à hauteur de la gare, arrivions jusqu'au pont du marché. Plus d'1 km sûrement. Notre autre amusement consistait à poser une pièce de monnaie sur l'un des rails du chemin de fer, pour cela, nous choisissions la montée de Quaire, et à la récupérer après le passage du train. C'est une véritable galette de métal que nous retrouvions parce que les convois roulaient moins vite que maintenant et leur poids s'ajoutant, la puissance d'écrasement s'avérait être assez impressionnante. Rien que le passage de ces braves 141 TA, à l'époque affectées à la traction sur cette ligne, représentait quelque chose comme poids. Nous étions là à quelques encablures du jardin potager familial de Quaire, auquel il fallait aller sans discuter quand le pépé le décidait, ce qui ne cadrait pas toujours avec les prévisions de nos jeux. Souvenirs aussi
Puis-je ici régler quelques comptes avec une mémoire qui tend à devenir défaillante ? Non, je n'ai pas grand monde oublié, à part Raymonde Cellier, longtemps première voisine, que je ne parviens pas à rencontrer ; Marthe Poutié et ses succulentes reines-claudes mangées sur l'arbre ; Marcelle, amie intime d'Anna Laurent ; Marinette Gougnol, depuis peu décédée ; Marie-Louise et surtout Alice Chomette, mémoire du village. Je revois d'ailleurs de temps en temps Yvonne Chomette. Paul Stanislas et M. Martin, dont les calèches faisaient mon émerveillement tandis qu'elles attendaient les voyageurs à la gare ; Paulette Mallet, Marinette Courté, la Marie Laudouze, la Marie-Antoinette Couade dont, gamins, nous étions les souffre-douleur ; les Roux, Bergeot, Vaurie, Anna Laborde, Lily Quenon, Henri Vazeille, Paul Boué, Barré et chez ces derniers, surtout, « Lulu ». Comment ne pas avoir une pensée spéciale pour la Clémence Brivé, de la Bughet ! Souvenir aussi que Claudie et Élie Lamadon ; celui-ci, dernier beau-père d'une jeune dame dont j'avais eu le plaisir de faire la connaissance dans des circonstances dramatiques qu'avait été le décès subit de son mari, alors qu'ils habitaient Vic-en-Bigorre. Elle a, depuis, en tout bien tout honneur, dit-on, défrayé la chronique entre Vic et Asson. Enfin, j'ai le plaisir d'échanger quelques propos lors de mes passages annuels avec Paulette Audigier et d'apercevoir presque quotidiennement Raymonde Ville, laquelle ne semble pas avoir pris une ride. Depuis tout pitchoune, à la maternelle, j'avais ma cavalière préférée dans les rondes enfantines, Chonchon Moulin. Les nouvelles qui m'en sont données ne sont pas très bonnes.
Souvenons-nous des grandes heures de la station : les concours d'élégance automobile où brillait surtout le gratin des colonies dans de superbes limousines, les concours hippiques qui drainaient derrière eux d'innombrables képis étoilés et galonnés et dont l'arrivée en gare des chevaux était pour nous, enfants, un moment privilégié. Tout ce monde logeait à la villa « Borghèse ». Les corsos fleuris qui ne galvaudaient pas leur nom, les messes du 15 août avec les trompes de chasse et le grand prix cycliste dont Raphaël Géminiani et Raymond Louviot prenaient souvent la tête, les tournois de tennis aussi et leurs champions français et étrangers. Ah ! comme ces temps-là ont changé…
« Charmante », c'était ma vache préférée de la ferme des Gorets et quand elle s'en échappait, c'est moi qui devais lui faire effectuer le demi-tour qui la ramènerait à l'étable. Je sens encore l'odeur laissée pas les chars de foin lorsqu'ils rentraient vers la ville.
C'est au barrage et son bois du Charlet, Charlannes et Murat, les Vernières, la Bughete et le Pregnoux que je pensais alors que le train, une fois de plus, nous ramenait vers Reims. Je savais que si la vie s'y prêtait, je reviendrais en Auvergne. Mais d'ici là, que d'événements avec, entre ces deux régions, quelque cinquante années de Pyrénées. Voilà bien du travail encore en perspective sur l'ordinateur et, je l'espère, bien du plaisir pour vous de cheminer dans une vie simple d'un homme qui, pense-t-il, n'a pas d'âge que celui de son cœur toujours rougeoyant comme un volcan ! Et qui a tellement de bonheur à pouvoir évoquer ici ces temps à la fois banals, drôles et à la fois tragiques.
Publié le 09/03/2010 03:50 | Jean-François Laurent. Le pont du Renard 23. La fin d'un deux-roues
Il est une autre facette de ma petite personne que je ne saurais passer sous silence, tellement elle me prit de temps, d'énergie et me donna de satisfactions. C'est le cyclisme, que j'ai pratiqué longtemps, je dirai, à outrance. Il n'était pas un jour sans que sorte mon vélo pour des virées de 30, 50 voire plus de kilomètres.
Etais-je en classe ? Le matin, aux beaux jours naturellement, je me levais dès le jour pointé et me voilà parti faire quelques bornes ; étais-je en congés ? Je passais le plus clair de ma journée sur ma selle avec des itinéraires des plus variés et des distances différentes ; travaillais-je ? C'est après le boulot que j'enfourchais la bécane et vas-y que je te roule deux ou trois heures. L'hiver, j'enroulais une ficelle autour des boyaux et la neige ne m'arrêtait même pas.
Les samedis et dimanches étaient bien sûr les jours les plus propices à ce genre de sport. Lorsque je pratiquai le hand ou le foot, en général le matin, l'après-midi était consacré au deux-roues. La montagne de Reims avait ma préférence mais comme le parcours était rude, je préférais ne pas m'y rendre seul. Alors, mes bons copains, ceux de chaque jour ou presque, se joignaient à moi et nous nous tirions la bourre. Il y avait surtout Jacky, presque un frère; Jean Gaume, Christian Autréau; Belières, un malheureux qui mit fin à ses jours on ne saura jamais pourquoi. J'ai ainsi obtenu plusieurs brevets de la montagne de Reims car ces sorties-là étaient contrôlées. Dommage que maman n'ai pas gardé mes carnets de route, le moindre kilomètre y était inscrit.
La course était aussi aux équipements pour les deux mordus que Jacky et moi étions. Sortait-il de nouveaux boyaux, de nouveaux pédaliers, de nouvelles selles, de nouvelles roues-libres, on allait jeter un coup d'œil. Lui, c'était son « La Perle » qu'il bichonnait, moi mon « Automoto » pour lequel j'avais les yeux de Chimène. Notre plus longue balade : Reims-Clermont-en-Argonne, 250 km ,un dimanche, avec pluie et vent au retour, plein ouest et une longue montée entièrement dénudée pour finir. J'ai terminé lessivé, au propre comme au figuré.
J'ai d'ailleurs poursuivi la pratique de ce sport à l'armée, laissant sur le bord de la route Pontacq-Ger l'envie de pédaler. J'avais amené avec moi mon matériel et nanti de l'autorisation de mon chef de corps il m'arrivait de participer en 4e catégorie à diverses épreuves en Hautes et Basses-Pyrénées. L'ultime ? La course des fêtes de Pontacq, celle réservée aux non-licenciés à laquelle je participais avec… Papillon Lacaze. Oui, vous avez bien lu, l'arrière du FC Lourdes. J'avais parié le battre et disputais avec lui un sprint effréné au sommet de la côte de Ger, quand regardant sous mon avant-bras où il en était plutôt que la route, je me suis pris de plein fouet un spectateur tranquillement appuyé sur sa bicyclette au bord de la chaussée. Pas de blessure grave mais un abandon et surtout un cadre à la casse. J'avais là fini de pédaler. Au revoir l'Auvergne
Un souvenir ému aussi j'ai gardé pour Jean Gorju, « Jean le pâteux », comme nous appelions ce pâtissier décédé à Aureilhan il y a peu. Oui, à Aureilhan où, alors journaliste, je me rendais dans une pâtisserie qui venait d'être hold-upée pour interviewer le patron qui n'était autre que… mon vieux pote de Reims, Jeannot. Cela nous fit tout drôle, je vous prie de croire, après tant d'années…
Pendant quelques années, je ne reviendrai donc plus en Auvergne, pour de multiples raisons d'ailleurs, mais la principale étant le temps passé sous les drapeaux. Nous allons donc solder l'exercice « Bourboule » avec ce qui a pu s'y passer jusqu'à mon départ pour les Pyrénées.
Je ne voudrais surtout pas refermer ce chapitre sans rendre hommage à Martine Rabette, qui fit front avec un courage admirable au décès de son mari survenu en pleine saison estivale. Il était pourtant solide, le bougre ! Nul n'aurait prédit qu'une fin aussi rapide l'attendait et que malgré la lutte qu'il entreprit contre la maladie, c'est elle qui aurait le dessus. Je dois dire que ce décès m'a beaucoup affecté, je n'étais certes qu'un client mais que le temps d'armée effectué par l'homme dans les Hautes-Pyrénées, à Barèges précisément, me rapprochait du patron. Le pays de Crouel a emporté ses cendres mais son souvenir reste là.
Comme restent tous ces souvenirs insuffisamment précis pour que je me lance dans leur narration. Plus tard, vous le verrez, je retournerai pourtant une fois sur les bords de cette Dordogne naissante pour un épisode douloureux s'il en fut un mais partagé entre l'Auvergne et les Hautes-Pyrénées.
Ainsi, là s'est écoulée une jeunesse riche en événements de toutes sortes, vous l'avez vu, allant des longues queues que nous faisions pour nous procurer un peu de pain de maïs ou une gamelle de fromage blanc chez Subirana, à des moments exceptionnels de jeux et de rires.
Ceux qui ont marqué cette époque ne sont plus, mémé Laurent, que je n'ai pas connue, est décédée en 1923; pépé Laurent en 1943; mémé maternelle en 1947 et pépé en 1951, après avoir connu beaucoup de difficultés avec son épouse malade. Tant que je suis dans les disparitions, ajoutons-y papa en 1968, il n'avait que 65 ans; maman en 1987, qui aura connu presque tout ce que je vous ai raconté, et tante Alice en 1989, chez moi, à Tarbes, où n'ayant plus personne de proche, elle s'était retirée, résidence de l'Harmonie, pour finir près des miens. Nous avons ramené son corps à La Bourboule par le même chemin que celui que prendra le mien, le plus tard possible bien sûr.


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